SOTG
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19881990

Detroit
Pistons

Bad Boys

Ils ne vous battaient pas, ils vous usaient

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Demandez à n'importe qui ce qu'étaient les Bad Boys de Detroit, on vous répondra par une faute.

Un coude de Laimbeer. Rodman poussant Scottie Pippen dans les panneaux publicitaires. La ligne de fin de match en 1991, les Pistons quittant le parquet sans serrer une seule main.

C'est une réponse honnête. C'est aussi une réponse qui rate l'essentiel.

Parce que sous la réputation, il y avait un système. Chuck Daly n'a pas construit une équipe de brutes, il a construit la défense la plus intelligente de son époque : des rotations réglées à la seconde, un plan spécifique par adversaire, et cette idée simple que si vous ne pouvez pas empêcher un joueur de marquer, vous pouvez lui rendre chaque point coûteux.

Les Jordan Rules n'étaient pas une consigne de violence. C'était une feuille de calcul. Pousser Jordan vers sa gauche, vers l'aide, vers le contact, et accepter qu'il marque trente points tant que personne d'autre n'en marquait quinze.

Detroit avait mis huit ans à en arriver là. Isiah Thomas était arrivé en 1981 dans une franchise qui perdait soixante matchs par saison. En 1987, il perdait une finale de conférence sur une passe interceptée par Larry Bird qu'il a mis une décennie à se faire pardonner. En 1988, il jouait un troisième quart-temps à vingt-cinq points sur une cheville retournée, en finale, et perdait quand même.

C'est cette défaite qui a fait les Bad Boys. Pas la victoire.

L'année suivante, ils ont balayé les Lakers en quatre matchs. L'année d'après, ils ont recommencé contre Portland. Entre les deux, ils n'ont jamais cherché à se faire aimer, et c'est peut-être la chose la plus honnête qu'une équipe de sport ait jamais faite.

Contexte

L'époque

Il faut avoir vu Detroit en 1989 pour comprendre pourquoi cette ville a aimé cette équipe.

L'industrie automobile s'effondrait depuis dix ans. La population fuyait vers les banlieues, dont Auburn Hills, où les Pistons venaient précisément d'ouvrir une salle neuve à cinquante kilomètres du centre. Chaque 30 octobre, la Devil's Night mettait le feu à des dizaines de maisons abandonnées.

Le reste du pays regardait Detroit comme un avertissement.

Alors quand une équipe de Detroit s'est mise à gagner en refusant explicitement d'être élégante, la ville a reconnu quelque chose. Ce n'était pas de la fierté malgré la laideur. C'était de la fierté à cause d'elle.

Les Bad Boys ont vendu des t-shirts avec une tête de mort. Ils ont assumé le rôle du méchant pendant que la NBA de David Stern vendait Magic, Bird et bientôt Jordan à la télévision mondiale. Ils étaient le contre-exemple parfait, et ils le savaient.

Ça leur a coûté cher. Isiah Thomas, meneur titulaire d'un back-to-back, deux fois finaliste MVP, n'a pas été retenu dans la Dream Team de 1992.

Une équipe qui gagne peut se permettre d'être détestée. Elle ne se permet jamais d'être oubliée, et c'est pourtant ce qui a failli arriver.

Les joueurs

Les architectes

Les joueurs qui ont défini cette ère.

01

Isiah Thomas

02

Joe Dumars

03

Bill Laimbeer

04

Dennis Rodman

Philosophie

Le système

Une défense construite comme un couloir qui se resserre : on vous laissait entrer, jamais ressortir. Chuck Daly changeait de défenseur sur Jordan à chaque prise de balle et faisait payer chaque pénétration. En attaque, Isiah Thomas improvisait et Joe Dumars ordonnait, mais l'arme réelle était le banc, Vinnie Johnson, Rodman et Salley, qui entrait au troisième quart-temps avec les jambes fraîches quand l'adversaire n'en avait plus.

Le Palace d'Auburn Hills, le bruit sec des corps, la fumée d'usine sur l'I-75, une ville qui applaudit ce que le reste du pays déteste