SOTG
3

20152019

Golden State
Warriors

Strength in Numbers

Ils n'ont pas gagné plus fort, ils ont gagné plus loin

3

Titres

4

Années

Défiler

Il y a un bruit particulier dans une salle quand Stephen Curry tire de neuf mètres. Ce n'est pas le bruit d'un public qui espère. C'est celui d'un public qui sait déjà. Les gens se lèvent pendant que le ballon est encore en l'air, et pendant une seconde le résultat n'a plus d'importance, parce que tout le monde a déjà vu la fin.

Aucune équipe n'avait gagné comme ça.

En 2015, personne n'attendait Golden State. Steve Kerr entraînait sa première saison. L'effectif était jugé trop petit, trop tendre, incapable de survivre au basket de playoffs. On répétait que ça marcherait en saison régulière et que ça se briserait en avril.

Ils ont gagné le titre.

Puis ils ont gagné soixante-treize matchs. Un de plus que les Bulls de 1996, le record qu'on croyait hors d'atteinte. Curry a été élu MVP à l'unanimité, les cent trente votes, personne avant lui. Il a rentré 402 tirs à trois points cette saison-là, pulvérisant son propre record de 116 unités. Pas de 16. De 116.

Et ils ont perdu.

Ce qui devait être l'apothéose est devenu la blessure fondatrice. Puis Kevin Durant est arrivé, et la question a cessé d'être « peuvent-ils gagner ? » pour devenir « quelqu'un peut-il les en empêcher ? ». Deux titres de plus. Cinq finales consécutives, ce qu'aucune équipe n'avait fait depuis les Celtics des années 60.

Curry n'était pas seul, et ça compte. Draymond Green tenait le poste de pivot avec vingt centimètres de moins que ses vis-à-vis, et servait de plaque tournante à toute l'attaque. Klay Thompson pouvait marquer trente points sans jamais réclamer le ballon. Le système ne fonctionnait que parce que cinq joueurs bougeaient en permanence, et qu'aucun ne s'estimait trop important pour poser un écran.

Mais réduire cette équipe à son palmarès, c'est passer à côté.

Les dynasties d'avant gagnaient en imposant quelque chose : la suffocation défensive de Chicago, la puissance physique de Los Angeles, la force brute rassemblée à Miami. Golden State a gagné en retirant quelque chose. La distance a cessé d'être un obstacle. Le pivot a cessé d'être obligatoire. Le ballon a cessé de s'arrêter.

Ce n'était pas plus dur. C'était plus beau.

Et c'est peut-être là leur véritable héritage : une génération entière de gamins qui, sur les playgrounds du monde entier, ne travaillent plus le jeu dos au panier mais le tir de très loin. Parce qu'ils ont vu un joueur d'un mètre quatre-vingt-huit, sans détente exceptionnelle, devenir l'homme le plus déstabilisant du basketball.

Contexte

L'époque

Golden State a gagné à quarante minutes de la Silicon Valley, et ça se voyait. L'argent de la tech s'est installé au bord du terrain, les sièges les plus chers de la ligue se sont remplis de fondateurs et d'investisseurs, et l'équipe est devenue une vitrine autant qu'un club.

Le déménagement d'Oracle Arena, à Oakland, vers le Chase Center de San Francisco a condensé toute l'ambiguïté de l'époque. Oakland était une ville ouvrière qui avait soutenu une équipe médiocre pendant quarante ans. San Francisco était la destination logique d'une franchise devenue objet de luxe. Les fans qui avaient rempli la salle dans les mauvaises années n'ont pas tous traversé le pont.

Sur le terrain, Curry a fait quelque chose que Jordan lui-même n'avait pas fait : il a changé ce que les enfants s'entraînent à faire. On imitait le dunk, la langue tirée, le fadeaway. On s'est mis à imiter un tir pris cinq mètres derrière la ligne, après deux dribbles, en équilibre approximatif. Des entraîneurs du monde entier ont passé une décennie à expliquer à des gamins de douze ans qu'ils n'étaient pas Stephen Curry.

C'est aussi l'ère où l'analyse de données a cessé d'être une curiosité pour devenir le langage commun. Le calcul est d'une simplicité brutale : un tir à trois points rapporte cinquante pour cent de plus qu'un tir à deux. Toute la ligue le savait. Golden State a été la première équipe à construire une identité entière dessus, et à prouver que ça pouvait gagner un titre plutôt que remplir une feuille de stats.

Le basket qui se joue aujourd'hui, partout, ressemble à ce que cette équipe a inventé. C'est peut-être le compliment le plus encombrant qu'on puisse lui faire.

Les joueurs

Les architectes

Les joueurs qui ont défini cette ère.

01

Stephen Curry

02

Klay Thompson

03

Draymond Green

04

Kevin Durant

Philosophie

Le système

Le mouvement perpétuel sans ballon, des écrans posés loin du jeu, et la gravité de Curry qui déforme une défense même quand il n'a pas la balle. La death lineup a poussé la logique à son terme : Green en pivot, cinq joueurs capables de switcher sur n'importe qui et de tirer de n'importe où. Le pace and space arrivé à sa conclusion.

Le rugissement d'Oracle, la séance de tir d'avant-match transformée en spectacle, le bleu et l'or, la salle debout avant que le ballon ne retombe