01
1999–2014
San Antonio
Spurs
Pounding the Rock
Ce n'est pas le dernier coup qui fend la pierre
5
Titres
15
Années
Il y a une citation punaisée dans le vestiaire des Spurs depuis des années. Elle n'est pas de Gregg Popovich, elle est d'un journaliste social danois du dix-neuvième siècle, Jacob Riis.
« Quand rien ne semble fonctionner, je vais regarder un tailleur de pierre frapper son rocher, cent fois peut-être, sans qu'une seule fissure apparaisse. Au cent-unième coup, la pierre se fend en deux, et je sais que ce n'est pas ce coup-là qui a réussi, mais tous ceux d'avant. »
C'est un texte étrange à afficher dans un vestiaire professionnel. Il ne promet rien. Il ne parle ni de gagner, ni de talent, ni de destin.
Il dit simplement que le travail invisible compte, et que la récompense arrive toujours en retard sur l'effort.
Les Spurs ont gagné cinq titres en seize ans avec ça pour toute mythologie. 1999, 2003, 2005, 2007, 2014. Quatre entraîneurs différents en face à chaque fois, trois générations de coéquipiers autour du même homme.
Tim Duncan est arrivé en 1997 depuis Wake Forest, où il avait fait quatre années complètes alors qu'il aurait pu partir après une. Il est resté dix-neuf ans dans la même franchise. Il n'a jamais changé d'expression après un panier.
Autour de lui, Popovich a fait entrer un meneur français choisi en vingt-huitième position et un arrière argentin choisi en cinquante-septième, à une époque où les recruteurs NBA ne traversaient pas encore l'Atlantique. Les deux sont au Hall of Fame.
En 2013, à cinq secondes de leur cinquième titre, ils ont encaissé un tir à trois points de Ray Allen et perdu la finale au septième match.
L'année suivante, ils sont revenus et ont démoli la même équipe en cinq matchs, en jouant le plus beau basket que la ligue avait vu depuis vingt ans. C'était le cent-unième coup.
Contexte
L'époque
San Antonio est le plus petit marché à avoir gagné cinq titres, et ça n'a jamais été un détail.
La ville n'a pas de studio, pas de bourse, pas de rivalité côtière. Elle est à deux heures de Houston et l'audience nationale des finales 2007, un balayage des Spurs, reste l'une des plus faibles jamais enregistrées. Gagner à San Antonio, c'est gagner hors champ.
Popovich en a fait une méthode plutôt qu'une plainte.
Puisque le marché n'attirait pas les stars, la franchise est allée chercher les joueurs là où personne ne regardait. Tony Parker venait de Paris et du club de Fécamp puis de l'INSEP, à un moment où un meneur français titulaire en NBA était une hypothèse absurde. Manu Ginobili venait de Bahía Blanca et du championnat italien. Duncan venait des Îles Vierges américaines, où il voulait d'abord être nageur olympique avant qu'un ouragan ne détruise le seul bassin de cinquante mètres de l'île.
Cette équipe a mondialisé la NBA par nécessité économique, dix ans avant que ça devienne une stratégie de ligue.
Le reste tient dans une attitude. Duncan a refusé toute sa carrière de se construire un personnage. Popovich répondait aux interviews d'avant-match en trois mots agacés. Il n'y a pas de surnom, pas de documentaire, pas de logo à l'effigie de quelqu'un.
Le prix à payer était l'oubli relatif : on cite les Bulls, les Lakers, le Heat, et on finit par ajouter « et les Spurs, aussi ».
C'est peut-être le seul groupe de cette histoire qui aurait trouvé ça très bien.
Les joueurs
Les architectes
Les joueurs qui ont défini cette ère.
02
David Robinson
03
Tony Parker
04
Manu Ginobili
Philosophie
Le système
Le contraire d'un système : seize ans d'adaptations successives. Les Twin Towers et une défense qui étouffait tout au début des années 2000, puis le pick and roll de Tony Parker, puis enfin le jeu de passes de 2014 où le ballon touchait cinq mains avant qu'on tire. Le seul point fixe était le poste bas de Tim Duncan, et le principe que le meilleur tir disponible appartient à celui qui est démarqué, pas à celui qui est payé.
L'Alamodome puis le AT&T Center, l'argent et le noir, une salle sans folklore dans une ville qui n'intéresse aucun diffuseur
Moments clés
Les matchs décisifs
Les moments qui ont scellé l'héritage.