SOTG
3

20002002

Los Angeles
Lakers

The Three-Peat

Trois titres, deux hommes, et une question sans réponse

3

Titres

2

Années

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Il y a une chose qu'on oublie à propos de Shaquille O'Neal : la NBA a légiféré contre lui.

Pas contre son équipe, pas contre une tactique. Contre un homme. Quand un joueur de deux mètres seize et cent cinquante kilos se place à trois mètres du panier, il n'existe aucune réponse défensive légale. Alors la ligue en a inventé d'autres. On l'a envoyé sur la ligne des lancers en le ceinturant volontairement. On a autorisé la défense de zone en 2001, après des décennies d'interdiction, en partie parce qu'il fallait bien pouvoir mettre trois corps devant lui.

Rien de tout ça n'a suffi.

Entre 2000 et 2002, les Lakers ont remporté trois titres consécutifs. En 2001, ils ont traversé les playoffs sur un bilan de quinze victoires pour une seule défaite, la campagne la plus écrasante de l'histoire moderne. Ils ne gagnaient pas : ils passaient au travers.

Mais ce n'est pas l'histoire de cette équipe.

L'histoire de cette équipe, c'est qu'elle abritait deux hommes qui voulaient la même chose et ne supportaient pas de la partager. Shaq était le centre de gravité, littéralement. Kobe Bryant avait vingt et un ans, une confiance en lui que rien n'entamait, et l'intime conviction que son tour était déjà venu. Phil Jackson avait gagné six titres à Chicago en apprenant à un génie à faire confiance à ses coéquipiers. À Los Angeles, il devait apprendre à deux génies à se tolérer.

Ça a tenu trois ans.

Trois ans pendant lesquels la tension n'était pas un défaut du système : elle en était le moteur. Shaq jouait plus dur parce que Kobe le poussait. Kobe travaillait plus que quiconque parce qu'il refusait d'être le second. Chacun voulait prouver que l'équipe lui appartenait, et la ligue entière payait la facture.

Puis les mêmes forces qui les avaient rendus invincibles les ont séparés. Shaq est parti à Miami en 2004. Kobe est resté, et il a attendu quatre ans avant de revoir des Finales.

Les Bulls se sont arrêtés parce que Jordan est parti. Les Lakers se sont arrêtés parce qu'ils ne pouvaient plus tenir dans la même pièce.

Contexte

L'époque

Los Angeles au début des années 2000 était l'endroit exact où le basket et le divertissement cessaient d'être deux industries distinctes.

Le Staples Center avait ouvert en 1999, flambant neuf, conçu pour être vu autant que pour accueillir. Le premier rang était un annuaire hollywoodien. Jack Nicholson y avait son siège comme on a une loge à l'opéra. Assister à un match des Lakers relevait autant de l'apparition publique que du sport.

Le contraste avec le reste du pays était total. Pendant que Cleveland comptait ses usines fermées, Los Angeles vendait du glamour à guichets fermés. Les deux villes voulaient la même chose — une équipe qui gagne — mais elles ne la vivaient pas du tout de la même façon.

C'était aussi une NBA en manque de visage. Jordan avait pris sa retraite en 1998, la ligue cherchait son successeur et hésitait entre deux hommes du même vestiaire. Les magazines devaient choisir une couverture. Nike devait choisir une campagne. Le débat « Shaq ou Kobe » n'était pas seulement une querelle interne, c'était la question que se posait tout le basket américain.

Et puis il y avait Chick Hearn, la voix des Lakers depuis 1965, qui commentait ces matchs à plus de quatre-vingts ans avec le vocabulaire qu'il avait lui-même inventé. Il est mort en août 2002, quelques semaines après le troisième titre. Une époque s'est refermée avec lui, presque à la date exacte où celle de l'équipe s'est refermée aussi.

Les joueurs

Les architectes

Les joueurs qui ont défini cette ère.

01

Shaquille O'Neal

02

Kobe Bryant

03

Derek Fisher

Philosophie

Le système

Le triangle de Phil Jackson, à nouveau, mais réorganisé autour du poste bas : tout part de Shaq, la défense se resserre, le ballon ressort vers les tireurs. Kobe servait de soupape en isolation quand le système se grippait. Derrière, la seule présence de Shaq dans la raquette dissuadait la moitié des pénétrations adverses.

Le Staples Center flambant neuf, Jack Nicholson au premier rang, pourpre et or, la voix de Chick Hearn sur les ondes